Bilan Odyssée vous propose un voyage multimédia inédit dans l’univers fascinant des Rolling Stones, considéré comme le plus grand groupe de rock n’roll au monde, et surtout le plus rentable.

Bilan Odyssée vous propose un voyage multimedia inédit dans l’univers fascinant des Rolling Stones, considéré comme le plus grand groupe de rock n’roll au monde, et surtout le plus rentable.

Cinquante ans qu’ils tournent. Cinquante ans qu’ils jouent sur toutes les scènes du monde en évitant, parfois de justesse, le coup de pompe. Les Rolling Stones, c’est un peu le lapin Duracell, mais qui carburerait à la pile au plutonium. Un groupe dont le règne ne connaît pas d’égal dans l’histoire mondiale du rock’n’roll.

D’autant que le groupe indestructible n’était pas forcément parti pour durer. Apparus pour la première fois sur la scène du Marquee Jazz Club de Londres le 12 juillet 1962, les Stones ne sont alors que la énième formation qui fait bouger les Anglais et les Anglaises.

«Rien ne laisse prévoir la fin des Stones. Nous sommes un groupe de types déterminés. Il ne faudrait pas moins que des armes nucléaires pour mettre un terme à un tel enthousiasme.»
Keith Richards, janvier 1977

Depuis le milieu des années 1950, le pays bat au rythme du rock venu des Etats-Unis, cette musique noire sur laquelle des musiciens blancs ont lancé une OPA. De Manchester à Liverpool, en passant par Bristol et Glasgow, chaque ville compte ainsi un nombre incalculable de jeunes musiciens qui, chaque soir de week-end, font un peu oublier ses soucis à la classe moyenne d’après-guerre. Dans le lot, il y a donc beaucoup d’appelés, mais peu d’élus.

En 1963, les Stones, qui commencent à peine, se heurtent déjà au mur des Beatles qui fracassent les charts. Mais si ces derniers s’inspirent du rockabilly de Buddy Holly & The Crickets (qui va du coup inspirer leur nom), les Stones, eux, puisent aux sources du blues pour retrouver les pépites cachées dans la musique inventée à l’origine par les esclaves.

La légende veut que leur histoire démarre sur un quai de gare avec la rencontre de Mick Jagger et de Keith Richards. Deux amis d’enfance qui se sont perdus de vue se retrouvent à attendre le train. Alors on discute, de tout, de rien, mais surtout des disques que Mick Jagger vient d’acheter. Rien que des plaques de blues, dont un «Best of Muddy Waters» qui intéresse bigrement Keith Richards. Tous les deux sont musiciens. La cash machine des Rolling Stones est lancée. Et (presque) rien ne viendra l’arrêter.

Fin 1961

Brian Jones passe une petite annonce dans le journal «Jazz News». Le guitariste cherche des musiciens pour monter son groupe. Il a déjà l’idée de l’appeler «The Rollin’Stones» en hommage à un morceau de Muddy Waters. Plusieurs postulants se présentent. La géométrie finale de la formation se fixera en avril 1962, lorsque Brian Jones rencontre Mick Jagger et Keith Richards...

12 juillet 1962

Premier concert des Rolling Stones au Marquee Jazz Club de Londres. A l’époque, le groupe est formé de Brian Jones, de Mick Jagger au chant, de Keith Richards à la guitare, de Ian Stewart au piano, de Dick Taylor à la basse et de Mick Avory à la batterie.

14 janvier 1963

Premiers changements au sein du groupe. Le 14 janvier 1963, les Stones jouent dans une configuration qui perdurera jusqu’à l’exclusion de Brian Jones en 1969. Le batteur Charlie Watts et le bassiste Bill Wyman ont rejoint l’aventure. Le bassiste Dick Taylor va, lui, la quitter quelques mois plus tard.

10 mai 1963

Les Stones enregistrent leur premier single chez Decca (qui a refusé les Beatles) avec une reprise de «Come on», de Chuck Berry sur la face A et une autre – «I Want to Be Loved» – de Willie Dixon sur la face B.

10-13 mai 1965

Les Stones enregistrent «Satisfaction», composée par Mick Jagger et Keith Richards. Premier succès durable.

3 juillet 1969

Brian Jones, écarté du groupe depuis juin 1969 (officiellement pour divergence musicale), est retrouvé mort, noyé dans la piscine de sa maison du Sussex. Le rapport de police conclut à un décès accidentel. Mais une rumeur persistante cultive, aujourd’hui encore, la thèse du meurtre. Le guitariste Mick Taylor le remplacera jusqu’en 1974.

6 décembre 1969

Les Stones donnent un concert gratuit sur le circuit d’Altamont, tout près de San Francisco. Les Hells Angels assurent un service d’ordre musclé et poignardent mortellement un adolescent noir de 18 ans. Mick Jagger ne s’en remettra jamais vraiment.

1977

Keith Richards est finalement arrêté à Toronto. Il risque sept ans de prison. Libéré in extremis, il décide de se défaire de ses addictions. Pendant ses années stupéfiantes, c’est Mick Jagger qui a pris en main les affaires du groupe. Un leadership qui satisfait peu Keith Richards. Les deux Stones ne s’adresseront pratiquement plus la parole entre 1979 et 1989.

Les années 1980

Les Stones se brouillent et frisent l’éclatement. Mick Jagger tente une carrière solo en sortant deux albums («She’s the Boss» en 1985 et «Primitive Cool» en 1987). Keith Richards aussi a monté sa propre formation: X-Pensive Winos. Les deux derniers membres suivent le mouvement, Charlie Watts fait du jazz avec le Charlie Watts Orchestra tandis que Bill Wyman se lance dans la production.

1989

Keith Richards et Mick Jagger font la paix à la Barbade autour d’un juteux cachet de 70 millions de dollars pour 50 concerts en Amérique du Nord. A partir de cette date, les Stones ne quitteront plus la route et enquilleront les tournées mondiales.

Les années 1990

Bill Wyman prend sa retraite en 1993. Il est remplacé par Darryl Jones, bassiste de Miles Davis et de Sting. Le groupe sort «Voodoo Lounge» en 1994. Les concerts deviennent toujours plus grands, toujours plus spectaculaires. La machine Stones rapporte des millions.

2005

La tournée «A Bigger Bang» devient la plus lucrative de toute l’histoire de la musique. Elle a été vue et entendue par 3,5 millions de spectateurs et a rapporté 437 millions de dollars. En 2012, les Stones fêtent leurs 50 ans de carrière.

2014

Le groupe qui ne s’arrête jamais reprend la route pour sa nouvelle tournée «14 on fire».

Fin 1961 Brian Jones passe une petite annonce dans le journal «Jazz News». Le guitariste cherche des musiciens pour monter son groupe. Il a déjà l’idée de l’appeler «The Rollin’Stones» en hommage à un morceau de Muddy Waters. Plusieurs postulants se présentent. La géométrie finale de la formation se fixera en avril 1962, lorsque Brian Jones rencontre Mick Jagger et Keith Richards...

12 juillet 1962 Premier concert des Rolling Stones au Marquee Jazz Club de Londres. A l’époque, le groupe est formé de Brian Jones, de Mick Jagger au chant, de Keith Richards à la guitare, de Ian Stewart au piano, de Dick Taylor à la basse et de Mick Avory à la batterie.

14 janvier 1963 Premiers changements au sein du groupe. Le 14 janvier 1963, les Stones jouent dans une configuration qui perdurera jusqu’à l’exclusion de Brian Jones en 1969. Le batteur Charlie Watts et le bassiste Bill Wyman ont rejoint l’aventure. Le bassiste Dick Taylor va, lui, la quitter quelques mois plus tard.

10 mai 1963 Les Stones enregistrent leur premier single chez Decca (qui a refusé les Beatles) avec une reprise de «Come on», de Chuck Berry sur la face A et une autre – «I Want to Be Loved» – de Willie Dixon sur la face B.

10-13 mai 1965 Les Stones enregistrent «Satisfaction», composée par Mick Jagger et Keith Richards. Premier succès durable.

3 juillet 1969 Brian Jones, écarté du groupe depuis juin 1969 (officiellement pour divergence musicale), est retrouvé mort, noyé dans la piscine de sa maison du Sussex. Le rapport de police conclut à un décès accidentel. Mais une rumeur persistante cultive, aujourd’hui encore, la thèse du meurtre. Le guitariste Mick Taylor le remplacera jusqu’en 1974.

6 décembre 1969 Les Stones donnent un concert gratuit sur le circuit d’Altamont, tout près de San Francisco. Les Hells Angels assurent un service d’ordre musclé et poignardent mortellement un adolescent noir de 18 ans. Mick Jagger ne s’en remettra jamais vraiment.

1968-1974 L’âge d’or. Après «Beggar’s Banquet» en 1968 et «Let it Bleed» en 1969, les Stones sortent les deux autres albums qui feront leur légende, «Sticky Fingers» (1971) et le double «Exile on Main Street» (1972). Boudé à sa sortie, ce dernier est désormais classé parmi les dix meilleurs disques de tous les temps. Suivront «Goat’s Head Soup» (1973) et «It’s only Rock’n’Roll» (1974) qui sera le dernier avec Mick Taylor. Le guitariste quitte le groupe. Il est remplacé par Ron Wood. Du côté de Keith Richards, sa dépendance aux drogues dures est telle que la presse le déclare «l’être humain le plus élégamment dévasté du monde».

1977 Keith Richards est finalement arrêté à Toronto. Il risque sept ans de prison. Libéré in extremis, il décide de se défaire de ses addictions. Pendant ses années stupéfiantes, c’est Mick Jagger qui a pris en main les affaires du groupe. Un leadership qui satisfait peu Keith Richards. Les deux Stones ne s’adresseront pratiquement plus la parole entre 1979 et 1989.

Les années 1980 Les Stones se brouillent et frisent l’éclatement. Mick Jagger tente une carrière solo en sortant deux albums («She’s the Boss» en 1985 et «Primitive Cool» en 1987). Keith Richards aussi a monté sa propre formation: X-Pensive Winos. Les deux derniers membres suivent le mouvement, Charlie Watts fait du jazz avec le Charlie Watts Orchestra tandis que Bill Wyman se lance dans la production.

1989 Keith Richards et Mick Jagger font la paix à la Barbade autour d’un juteux cachet de 70 millions de dollars pour 50 concerts en Amérique du Nord. A partir de cette date, les Stones ne quitteront plus la route et enquilleront les tournées mondiales.

Les années 1990 Bill Wyman prend sa retraite en 1993. Il est remplacé par Darryl Jones, bassiste de Miles Davis et de Sting. Le groupe sort «Voodoo Lounge» en 1994. Les concerts deviennent toujours plus grands, toujours plus spectaculaires. La machine Stones rapporte des millions.

2005 La tournée «A Bigger Bang» devient la plus lucrative de toute l’histoire de la musique. Elle a été vue et entendue par 3,5 millions de spectateurs et a rapporté 437 millions de dollars. En 2012, les Stones fêtent leurs 50 ans de carrière.

2014 Le groupe qui ne s’arrête jamais reprend la route pour sa nouvelle tournée «14 on fire».

Le 26 août 2007, les Stones battent un nouveau record. Du haut de leurs quarante ans de carrière, ils détenaient déjà celui de la formation rock la plus tenace du monde. Avec les 558 millions qu’a rapportés la tournée «A Bigger Bang», ils deviennent le groupe le plus rentable en concert de l’histoire de la musique (il sera battu quatre ans plus tard par les 736 millions de dollars moissonnés lors de la tournée «360°» de U2).

Un chiffre précieux, tant ceux qui émaillent la carrière du groupe fuitent rarement. Le magazine «Billboard» a ainsi calculé que depuis 1990 Mick Jagger, Keith Richards, Ron Wood et Charlie Watts auraient engrangé 1,6 milliard de dollars, les classant ainsi en tête des artistes les plus riches de la planète.

Mais comment quatre petits Londoniens partis de rien ont-ils pu amasser pareille fortune? Surtout lorsqu’on sait que Mick Jagger a eu beau avoir essuyé les bancs de la London School of Economics, il n’a jamais particulièrement brillé par ses qualités de gestionnaire, du moins au début de sa carrière. Il faut donc fouiller les archives et retourner une biographie où les parts d’ombre franchissent rarement la lumière.

«Il était difficile de nous concentrer sur la musique quand la faim nous empêchait de penser.»
Brian Jones, décembre 1962

Disons qu’à leur début les Stones bricolent. Propriétaire du Crawdaddy Club de Londres où le groupe se produit, Giorgio Gomelsky sera le premier à tenir les comptes en main. Main qu’il passera à Andrew Loog Oldham – Gomelsky manageant désormais les Yardbirds – qui gérera le Stones Business entre 1963 et 1967, flairant son potentiel «anti-Beatles». C’est d’ailleurs lui qui va négocier le contrat avec Decca Records, qui vient, sans le savoir, de louper le coche en refusant de signer avec les Fab Four.

Combien gagnent les Stones à cette époque? Difficile à dire. Dans son autobiographie «Life», Keith Richards estime que jusqu’en 1980 lui et ses copains vont gentiment se laisser arnaquer. Sur un billet de concert vendu 50 dollars, 3 seulement tombaient alors dans leurs poches. Ce qui fait grosso modo 94% de la somme qui filait dans les caisses de leur manager. Les Stones, c’est la poule aux œufs d’or.

Mais c’est Allen Klein que les Stones vont enrichir le plus, ainsi que ses héritiers. L’agent américain succède à Oldham en 1966. Allen reçoit l’argent des ventes de disques et les recettes des concerts qu’il reverse ensuite aux musiciens. Et d’après Keith Richards, le retour sur prestation ne pèse pas très lourd.

«Je n’ai pas beaucoup d’idées sur l’économie, j’aime l’argent et je le jette par les fenêtres… surtout en vêtements, en nourriture chinoise et en disques de Bo Diddley.»
Mick Jagger, septembre 1963

Le plus gros coup d’Allen Klein concerne le catalogue des chansons. Mick Jagger, qui le suspecte de malversation, le remercie en 1970. Mais l’agent s’est ménagé une jolie porte de sortie en s’arrogeant la propriété officielle de toutes les compositions du groupe. Dix-sept ans de bataille juridique n’y changeront rien. Fondé par Allen Klein, ABKCO Music & Records conserve le droit sur tous les titres écrits avant 1971, une usine à tubes qui contient «Jumpin’Jack Flash» et surtout «Satisfaction». Ce qui explique que pour son film «C.R.A.Z.Y.» le réalisateur canadien Jean-Marc Vallée a réglé les 112 500 dollars de droits d’utilisation de «Sympathy for the Devil» à ABKCO et pas aux Stones.

C’est le même ABKCO qui va mettre définitivement The Verve sur la paille en lui réclamant 100% des royalties de son «Bitter Sweet Symphony». Le groupe avait pourtant négocié l’utilisation d’un sample de «The Last Time», mais Allen Klein a finalement jugé que l’extrait enregistré était beaucoup plus long que ce que l’accord stipulait.

C’est alors qu’un prince entre en scène. Et comme tous les princes, il va sauver l’histoire. De son vrai nom Rupert Louis Ferdinand Frederick Constantine Lofredo Leopold Herbert Maximilian Hubert John Henry zu Loewenstein (que l’on raccourcit en Rupert Loewenstein), il possède le patronyme à rallonge de l’aristocratie allemande et une branche qui descend jusqu’à Louis II de Bavière. Il est banquier et vit à Londres.

Keith Richards et le prince Rupert Loewenstein, le banquier anglais qui a sauvé les Rolling Stones de la faillite en gérant leur fortune quarante années durant.

Harcelés par le fisc, les Stones sont en faillite et cherchent le conseiller financier qui leur mettra la tête hors de l’eau. Rupert Loewenstein va mettre en place la structure économique qui fera la fortune des Stones. Et dont il s’occupera pendant trente-sept ans. Il optimise leur situation fiscale. Désormais installés dans le sud de la France, du moins sur le papier, les Stones ne paieront que 1,6% d’impôts pendant vingt ans.

«Toutes ces sommes colossales d’argent gagnées avec ce petit instrument en bois.»
Keith Richards, janvier 1990

En 1981, Rupert se lance dans l’organisation très lucrative de mégaconcerts. Les Stones remplissent des stades et leurs comptes bancaires. Le «Voodoo Lounge Tour» de 1994-1995 rapporte 370 millions. Deux ans plus tard, «Bridges to Babylon/No Security» en encaisse 390. Leur nouvel agent renégocie dans la foulée des contrats de merchandising qui leur avaient échappé sans pour autant parvenir à récupérer le fameux catalogue du coffre d’Allen Klein.

L’industrie du disque bat de l’aile? Les produits dérivés (la chasse gardée de Mick Jagger et de Charlie Watts) et les concerts alimentent désormais la cash machine. Avec les Stones, le prix des sièges atteint bientôt le déraisonnable. Pour assister à la tournée du 50e anniversaire «50 & Counting» en 2013, le ticket d’entrée coûtait en moyenne 350 dollars. Soit deux fois plus que pour «A Bigger Bang» en 2005. Mais les fans s’en fichent, qui vont augmenter de 86 millions de dollars le pactole des rock stars.

Le prince Rupert, lui, a déjà quitté la scène. Celui que Jerry Hall surnommait «Rupie The Groupie» s’est retiré du business en 2007 à l’âge de 74 ans, après trente-sept ans de bons et loyaux services.

Côté finances, les Stones sont désormais bien rodés. Même Keith Richards. L’histoire voudrait qu’il ait négocié son autobiographie «Life» 7 millions de dollars.

Avril 1964, cinq jeunes Anglais quittent leur île pour participer à un show télévisé. C’est la première fois que les Rolling Stones foulent le continent. Une première qui a lieu sur le tarmac de Cointrin, où un sympathique douanier à l’allure spartiate les attend pour quelques formalités. Encore loin des débauches de la fin des sixties, le gabelou ne contrôle pas ces jeunes venus directement de Londres. Il pose même en uniforme avec eux.

Arrivée discrète du groupe à l’aéroport de Genève en avril 1964.

«Ici au pays des coucous, les montagnes résonnent encore du son de ces jeunes anglais.»
Daily Mirror, avril 1964

La suite, c’est une longue histoire entre les Stones et la Suisse. Le groupe passera régulièrement par Montreux, Genève, Vevey, Villars et Nyon, ou par Zurich, Berne, Bâle, Frauenfeld, Dübendorf et Lausanne pour quatorze concerts en cinquante années de tournées.
Revenons à Genève, où les cinq musiciens embarquent alors pour donner un show de trois chansons filmé par la BBC dans le cadre du concours de la défunte Rose d’or. Ils ont encore le temps pour eux. Personne ne les connaît, et c’est en bateau qu’ils se rendent à Montreux. Cinq heures de trajet, avec une pause-café à Lausanne. Claude Nobs, de l’Office du tourisme de Montreux, et quelques amis, dont Roger Bornand, les accueillent. Mais la foule est clairsemée et Nobs doit même courir les rues afin de rameuter du public. Un millier de personnes assisteront au minishow, des jeunes Suisses médusés ne sachant pas comment réagir à cette invasion british. De ce début tout en douceur restent les images de l’émission Ready Steady Go, quelques photos sur les quais, deux quarante-cinq tours avec une prise de vue faite dans un restaurant oriental et quelques souvenirs de Roger Bornand qui a partagé ces moments devenus privilégiés.

Deux 45 tours du groupe sont illustrés par une photo de Montreux, un pressage danois et un pressage australien.

L’année 1967 sera plus virulente. Le 14 avril, entre Varsovie et La Haye, ce sont maintenant de véritables vedettes qui arrivent à Zurich par Swissair. Des hordes de groupies de tout poil les attendent et c’est, cette fois, à un véritable concert auxquels assisteront les fans suisses. Un show d’une petite dizaine de morceaux en quarante minutes – la norme à l’époque – dans un Hallenstadion surchauffé dont il ne restera qu’un chaos après leur passage. Les sièges sont détruits, le concert a été inaudible et des dizaines de fans sont arrêtés. Des manifs, des happenings, des sit-in et autres teach-in prolongeront cette nuit zurichoise qui aura fait naître la révolution flower power en Suisse.

En juin 1968, Jean-Luc Godard entre en studio et assiste au développement d’une des chansons phares des Glimmer Twins, Sympathy for the devil. Des premiers coups de caisse claire aux «ouh ouh» finaux que tout le monde a chanté en stade, le Suisse est dans l’antre des dieux d’alors et leur donne ainsi leur premier long-métrage One + One. Un deuxième Suisse, Robert Frank, les suivra durant leur tournée américaine de 1972 pour un film, devenu culte dès sa conception, le sulfureux Cocksucker Blues dont on vous laisse le soin de traduire le titre. Quasi interdit par le groupe pour ses excès de drogue et de sexe, le film est uniquement diffusé en présence du réalisateur et inédit en DVD bien sûr. Un graal vénéré par tous les fans du groupe, toujours à la recherche de la copie originelle.
Cette même année, le groupe revient en Suisse, en mai, pour préparer sa tournée américaine. Il jette alors son dévolu sur le cinéma Rialto de Montreux pour quelques jours de répétition que la télévision allemande a la possibilité de filmer, un cas très rare dans la carrière des Glimmer Twins. En découleront des dizaines de disques pirates, autant vinyle que CD.

«Tumbling Dice», extrait des répétitions à Montreux avant la tournée de 1972.

Et surtout, le mythe suisse peut commencer avec ses changements de sang, ses cures de désintoxication, ses excès et ses mystères… Entre 1972 et 1976, c’est un Stones en solo qui écume les cliniques huppées de la côte lémanique et dévale les cols vaudois au volant de sa Jaguar. Ce diable de Keith Richards, alors en pleine cavale à travers l’Europe, fuit le fisc anglais et la maréchaussée française, et tente de retrouver pied dans le calme helvétique entre Glion et Chêne-Bourg. Son escapade laissera quelques souvenirs enfumés à un autre guitariste, suisse cette fois, prince de la nuit, l’alter ego genevois du riffeur british: Sandro Sursock, compagnon de dérive des nuits genevoises et membre des mythiques Bastards.
Berne accueille ensuite 3 shows de la mythique tournée de 73 (dont un rajouté en plein après-midi). Trois années plus tard, retour au Hallenstadion de Zurich avec une affiche de leur tournée européenne illustrée par un Cervin dominant le groupe en fuite.
Puis les années 1980 amèneront les Stones dans les stades de foot, avec quatre concerts bâlois en 1982, 1990 et 1995. Le contrat de 1982 stipule, sur 43 pages, quelques exigences stoniennes: deux bouteilles de Jack, une cartouche de cigarettes, 4 tire-bouchons et 18 bouteilles de vin, entre autres. Des exigences précises mais bien sages, même pour l’époque.
La quasi première apparition mondiale du groupe dans un festival de musique se fait à Frauenfeld, en 1998. Après un retour à Zurich avec quarante coups de langue (du nom de leur tournée) au Letzigrund en 2003, petit virage par la place d’aviation de Dübendorf en 2006. Elle accueille pour l’occasion le plus grand concert sur terre helvétique, 70 000 personnes et la Patrouille suisse en ouverture des Stones, un show digne de Las Vegas.

Le plus grand concert en Suisse est organisé pour les Stones en 2003 à Dubendorf.

C’est Migros, ensuite, qui crée la surprise pour les dix ans de sa carte fidélité en invitant la troupe à Jagger à la Pontaise de Lausanne en 2007. Premier vrai concert sur terre romande, Mick Jagger parle enfin français: «Bonsoir Lausanne. Est-ce que tout le monde a des sous-vêtements M-Budget?» devant un vrai who’s who de personnalités. Parmi les invités du distributeur orange figurent des conseillers fédéraux et nationaux, des chefs de grandes entreprises, des banquiers, des people… Tout le monde est là.
Enfin, cette année 2014, lors de son ultime tournée européenne, le groupe donne son dernier concert sous des cieux suisses. Un show zurichois qui en a laissé plus d’un pantois par sa qualité et son intensité.

Qu’est-ce qui fait vivre les fans des Stones aujourd’hui? Les concerts, bien sûr, mais ils sont devenus de plus en plus gigantesques et inaccessibles avec la mise en vente des billets sur internet. De même, les rares disques du groupe, il faut le dire, ne méritent pas tous une écoute attentive. Non. Ce qui nourrit les fans aujourd’hui, ce sont les foires de disques, les forums sur le net, où ils échangent, achètent et vendent leurs trésors à la gloire de leurs idoles. Etre fan en 2014, c’est collectionner les disques ou les objets, c’est passer du temps à classer, disséquer des informations sur le groupe, c’est publier des fanzines, éditer des concerts et tenir des blogs.

UNE BOUCHE DEVENUE ICÔNE
Londres, 1970. Les Stones partent en tournée européenne et cherchent à illustrer leur affiche. C’est dans une école d’art qu’ils trouveront l’heureux élu. John Pasche, un jeune étudiant en graphisme, crée leur visuel.
L’année suivante, Mick Jagger revient auprès de lui avec une image de Kali, déesse hindoue de la destruction des mauvais esprits, représentée la langue tirée. Rolling Stones Records a besoin d’un logo, quelque chose de reconnaissable pour le groupe.Les Beatles ont leur pomme, le Grateful Dead, sa tête de mort, les Stones auront une bouche, celle de Jagger. Une image forte qui résume la sexualité et la rébellion qui se dégageait alors du groupe.
La première publication aura lieu à l’intérieur de la pochette de «Sticky Fingers», l’album dit à la fermeture éclair créé par Andy Warhol. Une bouche, un zip, la patte de Warhol… La confusion durera des décennies: pour le public, la bouche est une création warholienne. Grossière erreur! Rendons à John ce qui est à Pasche, qui leur fera encore deux affiches et deux disques.

La plus grande difficulté, pour les fans des Stones, tient à la longévité du groupe: plus de cinquante années de carrière ont produit un nombre incalculable d’objets en tout genre. Les Beatles, par exemple, avec une durée de vie d’une petite décennie seulement, restent plus accessibles, leur discographie anglaise officielle ne comportant qu’une douzaine d’albums.

Ensuite, un groupe d’envergure internationale, même limitée au monde occidental, engendre presque autant de versions de disque ou d’objets que de pays. On peut compter ainsi plus de 130 versions pour un disque comme Sticky Fingers paru en 1971.
Et, surtout, la conjugaison de la popularité et de la durée aura engendré une quantité phénoménale de fans atteints de collectionnite en tout genre.

Il faudra donc, pour s’attaquer à ce monolithe du rock, choisir son chemin ou y aller selon ses propres critères de sélection. Les uns vont collectionner les bootleg vinyls, les autres les picture discs ou les singles japonais, tandis que d’autres encore ne craqueront que devant l’objet trouvé par hasard en brocante ou sur internet, un coup de cœur qui n’aura rien du collectionneur complétiste.

Quelques objets mythiques sont passés par les grandes maisons de vente aux enchères. Par exemple, cet enregistrement sur bande datant de 1961 et comportant une douzaine de morceaux interprétés par Jagger et Richard (alors âgés de 17 ans) et trois de leurs amis, dont Alan Etherington qui vit depuis longtemps dans le canton de Vaud. Une bande qui s’est vendue au milieu des années 1990 aux environs de 120 000 francs, une paille pour l’acheteur anonyme. En réalité Sir Mick Jagger…

Bande audio de Little Boy Blue and the Blue Boys, le groupe de Mick Jagger et Keith Richards formé en 1961. En extrait audio: I ain’t got you de Billy Boy Arnold.

Un autre objet, à dimension picturale cette fois, a approché les 100 000 francs. Il s’agit du dessin original de la langue réalisé par le graphiste anglais John Pasche pour les Editions Rolling Stones Records en 1971. Son travail, payé alors 50 livres de l’époque, se trouve aujourd’hui dans un musée anglais.

Maquette originale du logo des Rolling Stones créé par John Pasche en 1971.

Ces deux objets auront donc échappé aux fans, qui heureusement ont de quoi satisfaire leurs tics et leurs tocs de mille manières. Un exemple célèbre vient d’ailleurs de Suisse alémanique: un Zurichois a passé une partie de sa vie à contrôler et publier chaque information sur chaque jour passé des Stones, en groupe ou en solo, depuis leurs débuts en 1962. Historien de profession, Felix Aeppli se dit volontiers stonologue et recherche toujours le pressage rare, la pièce unique qui complétera sa collection. Presque aussi âgé que ses idoles, c’est chez lui qu’il vit maintenant sa passion. Le dernier concert zurichois, il l’aura entendu de son balcon: il a vu les Stones tant de fois et depuis si longtemps qu’il ne veut plus les voir dans les conditions d’un stade d’aujourd’hui. Tel un biologiste, il recense et récolte les informations pour les dispenser sur le net à ses lecteurs assidus. Un travail de fourmi récompensé par une reconnaissance absolue de ses lecteurs.
Pour Bilan, il dévoile quelques pièces rares de sa collection.

Docteur en histoire, spécialiste du cinéma suisse et stonologue à ses heures, Felix Aeppli revient sur quelques pièces rares de sa collection.

Picture disc

Premier picture disc du groupe, ce superbe vinyle comprenant «She was hot» se négocie pour moins de 50 francs.

Passeports anglais

Fac-similé des passeports du groupe offerts aux membres du fan-club dans les années 1980.

Disque 33 tours

«The Promotional Album», disque 33 tours tiré à 400 exemplaires en 1969, atteint aujourd’hui la somme de 400 francs minimum.

Skis

Les Stones, plus habitués au cricket et au football, n’ont pas oublié nos amis skieurs avec ces K2 fabriqués aux Etats-Unis.

Dirigeable

Entre mug, string ou voiture, le merchandising autour du groupe a parfois frisé le code du bon goût, comme ce dirigeable commémorant la tournée «Licks» de 2002-2003.

Disque 33 tours format 25 cm «Beat, beat, beat»

Cet unique disque 25 cm officiel du groupe, en pressage allemand, ne devrait pas dépasser les 250 francs.

Présentoir

«I’m Black and Blue from the Rolling Stones - and I love it!» Ce fort rare présentoir SM de vitrine fut censuré en 1976 par un groupe féministe à Los Angeles. Introuvable.

Flipper

Fabriqué en 1982, ce flipper est certainement la pièce de collection la plus grande. Il en reste peu en état de marche.

Présentoir

Présentoir en carton pour la sortie du disque «It’s only rock’n’roll» en 1974. Estimé par Sotheby’s à 3000 francs environ.

Disque 45 tours Street fighting man

Un des plus rares disques du groupe avec sa pochette censurée en 1968 aux Etats-Unis.

Guitare jouet

Les années 1960 sont avares d’objets à collectionner. Reste cette guitare jouet dans son emballage d’origine. Trop rare pour pouvoir l’estimer.

Magazine du fan-club

Les Stones eurent, entre 1964 et 1966, leur propre mensuel, quasi introuvable aujourd’hui. La collection complète des 30 numéros vaut au moins 1000 francs.

Bouteille de Whisky

Un des récents objets apparus sur le net, une bouteille de whisky japonais limitée à 150 exemplaires pour un prix de 3000 francs.

Picture disc
Premier picture disc du groupe, ce superbe vinyle comprenant «She was hot» se négocie pour moins de 50 francs.

Passeports anglais
Fac-similé des passeports du groupe offerts aux membres du fan-club dans les années 1980.

Disque 33 tours
«The Promotional Album», disque 33 tours tiré à 400 exemplaires en 1969, atteint aujourd’hui la somme de 400 francs
minimum.

Dirigeable
Entre mug, string ou voiture, le merchandising autour du groupe a parfois frisé le code du bon goût, comme ce dirigeable de 2002.

Flipper
Fabriqué en 1982, ce flipper est certainement la pièce de collection la plus grande. Il en reste peu en état de marche.

Skis
Les Stones, plus habitués au cricket et au football, n’ont pas oublié nos amis skieurs avec ces K2 fabriqués aux Etats-Unis.

Présentoir
Présentoir en carton pour la sortie du disque «It’s only rock’n’roll» en 1974. Estimé par Sotheby’s à 3000 francs environ.

Présentoir
«I'm Black and Blue from the Rolling Stones - and I love it!» Ce rare présentoir SM de vitrine fut censuré en 1976 à Los Angeles. Introuvable.

Guitare jouet
Les années 1960 sont avares d’objets à collectionner. Reste cette guitare jouet dans son emballage d’origine. Trop rare pour
pouvoir
l’estimer.

Disque 33 tours format 25 cm «Beat, beat, beat»
Cet unique disque 25 cm officiel du groupe, en pressage allemand, ne devrait pas dépasser les
250
francs.

Disque 45 tours Street fighting man
Un des plus rares disques du groupe avec sa pochette censurée en 1968 aux Etats-Unis.

Bouteille de Whisky
Un des récents objets apparus sur le net, une bouteille de whisky japonais limitée à 150 exemplaires pour un prix de
3000
francs.

Montre
Après des dizaines de montres à quartz, enfin une mécanique avec cette Zenith El Primero célébrant le cinquantenaire du groupe en 250 exemplaires seulement.

Magazine du fan-club
Les Stones eurent, entre 1964 et 1966, leur propre mensuel. La collection complète des 30 numéros vaut au minimum 1000 francs.

Auteurs
Emmanuel Grandjean
Pierre Broquet

Direction artistique
Pierre Broquet

Graphisme
Charlène Martin

Responsable iconographie
David Huc

édition
Inès Girod

Intégration/
développement

Geoffrey Raposo

Montages vidéo
David Huc
Matthieu Hoffstetter

Crédits
ETH Zürich, Getty Images, Keystone

Sous la direction de Stéphane Benoit-Godet

Contacts
Rédaction Bilan
11, rue des rois
1204 Genève
bilan@bilan.ch
Tél. +41 22 322 36 36

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